Fiche du document numéro 17127

Champ Valeur
Num17127
Date Lundi 31 octobre 2016
Amj20161031
Hms00:00:00
Auteur Bizimana, Jean-Damascène
Url BizimanaMilitairesFrancais31octobre2016.pdf
Fsize7177834
Urlorghttp://www.cnlg.gov.rw/uploads/media/Militaires_Francaises.pdf
Surtitre 
TitreLa manipulation du dossier de l'avion, une occultation des responsabilités françaises dans le génocide: cas des officiers militaires français
Soustitre 
Tres 
Page 
Personne citéeLanxade, Jacques
Personne citéeQuesnot, Christian
Personne citéeHuchon, Jean-Pierre
Personne citéeRobardey, Michel
Personne citéeCanovas, Gilbert
Personne citéeRosier, Jacques
Personne citéeJoubert, Etienne
Personne citéeTauzin, Didier
Personne citéeGalinié, René
Personne citéeCussac, Bernard
Personne citéeMaurin, Jean-Jacques
Personne citéeDelort, Dominique
Personne citéeSaint-Quentin, Grégoire (de)
Personne citéeNabias, Jean-Louis
Personne citéeRoux, Denis
Personne citéeBarril, Paul
Personne citéeLafourcade, Jean-Claude
Personne citéeHogard, Jacques
Personne citéeSartre, Patrice
Personne citéeGillier, Marin
Personne citéeStabenrath, Éric de
Cote 
Résumé
Journal/SourceCNLG
Fonds d'archives 
CitationLe rôle de quelques Officiers militaires Français dans le Génocide
commis contre les Tutsi de 1990 à 1994

La manipulation du dossier de l'avion, une occultation des
responsabilités françaises dans le génocide : cas des officiers
militaires français

Des acteurs français ont été impliqués dans le génocide en tant
qu'auteurs ou complices et ils ne veulent pas que leurs actes soient
connus malgré leur évidence.

C'est le plus grand mobile qui explique le refus obstiné des autorités
françaises de valider l'enquête balistique menée par des experts
français au Rwanda en 2010 et qui situe le tir des missiles dans le camp
militaire de Kanombe.

En témoigne le rôle de vingt-deux (22) officiers militaires ci-dessous.


1) Général Jacques Lanxade

Il fut Chef d'état-major particulier du président Mitterrand d'avril
1989 à avril 1991, puis chef d'état-major des armées (avril 1991 à
septembre 1995). L'armée française aux ordres de Jacques Lanxade, a joué
au Rwanda entre 1990 et 1994, le rôle d'une véritable force
d'occupation, impliquée dans des crimes graves. En tant que chef suprême
des Armées, Jacques Lanxade a reçu tous les rapports concernant les
exactions de l'armée rwandaise, ses massacres, sa politique
discriminatoire et génocidaire, mais Jacques Lanxade a maintenu une
assistance accrue à cette armée, en lui fournissant des moyens matériels
et humains.

En 1991, Jacques Lanxade a effectué une visite de travail au Rwanda en
compagnie de son chef de cabinet, le général Pidancet et le colonel
Delort, chef des relations extérieures. Au cours de cette visite,
Jacques Lanxade a participé aux entretiens avec des autorités
supérieures de l'Etat et de l'Armée, et a visité sur terrain les
détachements de Noroît et du DAMI. Lors de cette visite, Jacques Lanxade
a été informé des massacres commis par les FAR sur les Bagogwe à
Ruhengeri, mais il a maintenu la présence des instructeurs français.

Jacques Lanxade assimilait le FPR à l'Ouganda et au groupe tutsi dans
son ensemble et a transformé par là un conflit politique en conflit
ethnique. Jacques Lanxade défendait que la majorité ethnique hutu
corresponde à la majorité démocratique, et a choisi pour ce fait de
prendre parti pour cette majorité. Plus grave, dans la vision de Jacques
Lanxade, tout Tutsi était assimilé à un combattant potentiel du FPR,
ennemi de la France, qu'il fallait combattre. Sur ordre de Jacques
Lanxade, les militaires français du DAMI Panda, ont reçu en avril 1991
l'ordre de fournir une aide opérationnelle aux FAR pour renforcer le
régime militairement, afin qu'il puisse mieux négocier avec le FPR. Des
documents et témoignages prouvent que Jacques Lanxade était informé, par
son attaché de défense, de toute la situation prévalant au Rwanda depuis
1990, et que des décisions importantes étaient prises après son accord.
L'ambassadeur Jean-Michel Marlaud a avoué devant la MIP que toutes les
communications émanant de l'ambassade de France au Rwanda étaient
contrôlées par l'attaché de défense qui, à son tour, rendait compte à
Jacques Lanxade et à Christian Quesnot.


2) Général Christian Quesnot

Chef de l'état-major particulier du président Mitterrand de 1991 à 1995,
Christian Quesnot est l'un des principaux responsables du soutien
inconditionnel au régime de Habyarimana. Il a été le principal
informateur du chef d'état-major français quant aux interventions que
l'armée française a conduites au Rwanda. Dans ses notes qu'il a
adressées au président Mitterrand, Quesnot a plaidé pour un soutien
immodéré au régime Habyarimana et à ses forces armées.

Pendant le génocide, Christian Quesnot s'entretenait constamment avec le
président Théodore Sindikubwabo et intervenait auprès du président
Mitterrand pour une aide militaire de la France. Le 29 avril 1994,
Christian Quesnot a écrit des mots extrêmement insultants à l'égard du
FPR : « Le FPR est le parti le plus fasciste que j'aie rencontré en
Afrique. Il peut être assimilé à des ?Khmers noirs'. Il a une complicité
belge ». Le 4 mai 1994, la même diabolisation fut reprise. Le 6 mai
1994, Christian Quesnot a proposé un soutien aux FAR en train de
commettre le génocide. Le 24 mai 1994, le général Quesnot a récidivé en
s'adressant au président Mitterrand pour qu'il décide dans l'urgence
l'octroi d'un soutien militaire direct aux FAR et au gouvernement
intérimaire : « L'arrivée au pouvoir dans la région d'une minorité dont
les buts et l'organisation ne sont pas sans analogie avec le système des
Khmers rouges est un gage d'instabilité régionale dont les conséquences
n'ont pas été anticipées par ceux, y compris en France, dont la
complicité et la complaisance sont patentes ». La violence de ces propos
et la haine qu'ils renferment sont le reflet d'une adhésion totale et
intentionnelle aux idées et actions des auteurs du génocide.


3) Général Jean-Pierre Huchon

Il fut adjoint du général Quesnot d'avril 1991 à avril 1993, puis chef
de la mission militaire de coopération d'avril 1993 à octobre 1995. Il a
poursuivi l'instrumentalisation de l'ethnisme et a coordonné les
livraisons d'armes, munitions et équipements militaires aux FAR avant et
pendant le génocide. Ces armes ont servi à exécuter des massacres de
civils innocents tués par l'armée et les milices paramilitaires. Au mois
de mai 1994, Jean-Pierre Huchon a reçu à plusieurs reprises dans ses
bureaux à Paris, le lieutenant-colonel Cyprien Kayumba, chef de la
logistique au ministère rwandais de la Défense, qui y a séjourné pendant
vingt sept jours « pour tenter d'accélérer les fournitures d'armes et de
munitions à l'armée rwandaise ». Une commande d'armes fut passée à la
SOFREMAS, entreprise publique entièrement contrôlée par l'Etat français.
Le 9 mai 1994, Jean-Pierre Huchon a reçu le lieutenant-colonel Ephrem
Rwabalinda, conseiller du chef d'état-major des FAR.

Dans son rapport de mission, Ephrem Rwabalinda a mentionné parmi les
priorités abordées avec Jean-Pierre Huchon « le soutien du Rwanda par la
France sur le plan de la politique internationale ; la présence physique
des militaires Français au Rwanda (?) pour des coups de mains dans le
cadre de la coopération ; l'utilisation indirecte des troupes étrangères
régulières ou non ». Rwabalinda a ajouté que Jean-Pierre Huchon
conseillait au Rwanda de rendre le FPR responsable du génocide : « (?)
Si rien n'est fait pour retourner l'image du pays à l'extérieur, les
responsables militaires et politiques du Rwanda seront tenus
responsables des massacres commis au Rwanda. Il est revenu sur ce point
plusieurs fois » (?) « Soigner davantage l'image du pays à l'extérieur
constitue une des priorités à NE PAS perdre de vue. Les appareils
téléphoniques que j'apporte devraient nous aider à sortir de l'isolement
vis-à-vis de l'étranger ». Et Rwabalinda de conclure que « la maison
militaire de coopération prépare les actions de secours à mener à notre
faveur ».


4) Lieutenant-colonel Michel ROBARDEY

Michel Robardey est arrivé au Rwanda en septembre 1990 et l'a quitté en
avril 1994. Robardey a dirigé une équipe de quatre gendarmes français
qui ont élaboré et installé entre 1992 et 1994 au sein d'un centre de
torture appelé « CRIMINOLOGIE », un système d'informatisation des
données permettant de disposer des listes de personnes recherchées et à
rechercher. Ces listes visaient prioritairement les Tutsi et les
opposants politiques Hutu. En février 1993, le premier ministre, Dismas
Nsengiyaremye, a adressé un courrier au ministre rwandais de la défense
dans lequel il protestait contre l'intention criminelle de ces listes et
exigeait leur suppression. Ces listes établies ont été l'instrument du
génocide en 1994. Une note des services secrets militaires français
reconnait que depuis le premier jour du génocide, « munis de listes
préétablies, les militaires de la Garde présidentielle ont entrepris de
massacrer tous les Tutsi ainsi que les Hutus originaires du sud ou
soutenant les partis d'opposition. »

Dans ce même Centre, Robardey a participé à une série d'interrogatoires
violents contre des personnes qui y étaient détenues. En février 1993,
le major Corrière placé sous le commandement de Robardey, a torturé deux
Tutsi, Rudasingwa Japhet et Byukusenge Anne Marie, dans les locaux de la
Criminologie en leur reprochant d'avoir donné à un journal rwandais, Le
Flambeau, des photos montrant des militaires français participant aux
combats aux cotés des FAR. Anne Marie Byukusenge mourra plus tard des
suites de ses tortures. Pendant leur présence à la Criminologie, des
gendarmes français faisaient disparaître au cours des enquêtes
criminelles, tout indice de nature à prouver l'implication du régime
rwandais dans les actes terroristes, et Robardey les attribuait tous
injustement au FPR.

De nos jours, Michel Robardey est membre d'une association négationniste
dénommée France-Turquoise qui regroupe les anciens militaires français
qui ont participé à l'opération Turquoise en 1994 au Rwanda. Michel
Robardey est créateur d'un blog dans lequel il diffuse des idées
négationnistes sur le génocide commis contre les Tutsi. Il participe à
de nombreux colloques négationnistes et témoigne toujours en faveur des
génocidaires rwandais incriminés en France ou dans des tribunaux
d'autres Etats.


5) Colonel Gilbert Canovas

Gilbert Canovas était d'octobre à novembre 1990 adjoint opérationnel
auprès de l'attaché de défense et conseiller du chef d'état-major de la
gendarmerie rwandaise. Il a été activement impliqué dans la mise en
place des plans d'établissement des barrières sur lesquels les civils
ont trouvé la mort. Le 12 avril 1991, en compagnie du major Christian
Refalo, Gilbert Canovas s'est rendu à Ruhengeri « dans le but,
écrit-il,d'étudier comment conquérir et assurer le contrôle de la zone
de la forêt des volcans que les Inyenzi occupent et où toutes nos
tentatives d'infiltration ont jusqu'à présent échoué ». Au cours de
cette opération, Gilbert Canovas a mis en place une formation des
milices aux méthodes de tuer et d'infiltration. Donc, les premiers
unitees des Interahamwe ont été mises en place par le colonel Canovas.
Un autre exemple de son engagement actif auprès du régime Habyarimana
est cette rencontre du 18 février 1991 entre Michel Robardey, le colonel
Gilbert Canovas et le chef d'Etat-major de la gendarmerie rwandaise, le
colonel Rwagafirita, au cours de laquelle le colonel Canovas « a déclaré
être entièrement disponible pour apporter son concours pour une défense
efficace de la capitale KIGALI ».


6) Colonel Jacques Rosier

Jacques Rosier a été chef du Détachement d'Assistance Militaire et
d'Instruction (DAMI) entre juin 1992 et novembre 1992. C'est pendant
cette année 1992 que le DAMI hébergé dans les camps militaires de
Gabiro, Gako, Mukamira et Bigogwe, a accentué la formation des
Interahamwe. Jacques Rosier était le coordonnateur de ces formations.
Les deux vagues de tueries qui ont eu lieu dans le Bugesera début mars
1992, et celle visant les Tutsi Bagogwe entre novembre 1992 et janvier
1993, ont été commis par des Interahamwe formés par ces instructeurs
français du DAMI. Ces formations criminelles ont été par ailleurs
dénoncées dans le rapport de la Commission des experts de l'ONU en juin
1994 en ces termes : « un camp d'entraînement pour la milice Hutu
(interahamwe) a été créé dans le Mutara. Les sessions duraient trois
semaines chacune, comprenant l'endoctrinement de 300 hommes à la haine
ethnique contre la minorité tutsi. Les sessions comportaient également
l'apprentissage des méthodes de massacres de masse ».


7) Capitaine Joubert Etienne

Il fut chef du DAMI appelé Panda du 23 décembre 1992 au 18 mai 1993.
Etienne Joubert a dirigé la formation des Interahamwe au camp militaire
de Gabiro. Dans ce camp, Etienne Joubert et ses hommes formaient trois
groupes de personnes bien distincts, des Hutu burundais, des militaires
rwandais et les Interahamwe. Pendant Turquoise, Etienne Joubert est
revenu au Rwanda, à Gikongoro, d'abord à la tête du Commandement des
Opérations Spéciales (COS) et en même temps officier de renseignements,
puis chef des opérations. Les hommes du COS qu'il commandait ont été les
premiers militaires français arrivés à Gikongoro le 24 juin 1994.
Etienne Joubert a immédiatement collaboré avec les autorités
responsables du génocide, notamment le préfet Bucyibaruta et le
capitaine Sebuhura, organisateurs du génocide à Gikongoro. A SOS et au
Collège ACEPR Gikongoro, des militaires placés sous ses ordres ont
commis des meurtres de Tutsi, des viols et agressions sexuelles
systématiques.


8) Colonel Didier Tauzin

Il fut conseiller militaire du président Habyarimana de 1990 à 1993,
chef du DAMI Panda et de l'opération Chimère (22 février ? 28 mars
1993), puis commandant, pendant un court moment, de Turquoise Gikongoro.
Il a contribué à former les miliciens et à combattre le FPR en 1993. Il
s'en vanta en ces termes : « Nous lui avons mené la vie dure, au FPR !
(?) Nous avons brisé son élan vers Kigali. (?) Pas de cadeau. » Il s'est
manifestement opposé à l'accord de paix d'Arusha qu'il qualifiait de
« totalement irréaliste, scandaleux et ignoble, voire un lâchage, une
trahison » qui a permis « l'intrusion des milices du FPR dans le
pays. »Autrement dit, pour Tauzin, les membres du FPR ne sont pas des
Rwandais, ce sont des milices étrangères ! Le 04/07/1994, Tauzin déclara
à la presse que l'armée française n'hésitera pas « à casser les reins du
FPR » et que les ordres seront : « pas de quartier ». Il fut rappelé.
Dans son livre publié en 2011 « Rwanda : Je demande justice pour la
France et ses soldats », Tauzin nie qu'il n'y a pas eu de génocide
contre les Tutsi.


9) Colonel René Galinié

Il a occupé des fonctions d'Attaché de défense près l'ambassade de
France au Rwanda et chef de la mission militaire de coopération (juillet
1991-avril 1994), commandant de Noroît de juillet 1991-décembre 1993,
hormis février et mars 1993. Il était au courant de tous les massacres
commis par le régime Habyarimana, les a couverts et a continué de
fournir une aide et assistance logistique à ce régime qui commettait les
massacres et préparait le génocide.


10) Colonel Bernard Cussac

Attaché de défense et chef de la mission de coopération à l'ambassade de
France au Rwanda (juillet 1991 à avril 1994), commandant de l'opération
Noroît (juillet 91 à décembre 93, hormis février et mars 93). Il a
participé aux interrogatoires des prisonniers de guerre du FPR ainsi que
des soi-disant complices civils du FPR. La plupart d'entre eux furent
tués. Dans son rapport du 05 avril 1993, il évoque clairement la
possibilité d'un génocide.


11) Lt Col. Jean-Jacques Maurin

Adjoint des opérations auprès de l'attaché de défense au Rwanda de 1992
à 1994 et Conseiller du chef d'état major des Forces armées rwandaises
(FAR). Il était chargé de conseiller le chef d'état ? major des FAR, le
colonel Serubuga dans la conduite des opérations, dans la préparation et
l'entraînement des troupes et le rencontrait tous les jours. Il a
participé comme il le dit lui-même : « à l'élaboration des plans de
bataille quotidiens et était partie prenante aux décisions » des FAR.
Maurin a aussi codirigé l'opération Amaryllis avec le Colonel Henri
Poncet au cours duquel des Tutsi furent tués notamment à l'aéroport de
Kigali.


12) Commandant Grégoire De Saint Quentin

Conseiller technique du bataillon Para-commando et officier instructeur
des troupes aéroportées, août 1992-12/04/1994. Il était présent au camp
Kanombe et a dirigé les opérations de saccage de l'avion. C'est lui qui
forma les tueurs du bataillon para-commando et qui couvrit les
opérations qui ont eu lieu à Kanombe le soir du 06/04/1994


13) Colonel Dominique Delort

Il a commandé Noroît et DAMI. En février-mars 1993, des militaires
français placés sous son commandement, dans les camps de Bigogwe et
Mukamira, formaient l'armée rwandaise et les miliciens. En février 1993,
il a mis en place un dispositif de contrôle d'identité aux entrées de
Kigali sur les axes Ruhenger/Kigali, Gitarama/Kigali et
Rwamagana/Kigali. Des civils y ont été arrêtés sur base ethnique et
certains ont disparu puis tués. Dominique Delort nourrissait une haine
farouche au FPR qu'il lui attribuait tout crime commis par les FAR. Par
exemple en mars 1993, c'est lui qui donne l'ordre au Lt Col. Michel
Robardey d'apporter « un soin tout particulier à la collecte
d'informations sur les massacres et les exactions du FPR afin de mieux
contrecarrer la propagande du FPR. »


14) Lieutenant-colonel Jean-Louis Nabias

Le 03 mars 1992, il remplaça le colonel Chollet à la tête du DAMI PANDA.
Son travail consistait à donner des formations aux unités des FAR, en
portant ses efforts sur leurs points les plus faibles comme les missions
d'infiltration de nuit ou l'apprentissage des man?uvres de
contournement. Ces instructions se déroulaient dans les camps de Gabiro
et dans celui de Bigogwe. Au même moment, les formations étaient aussi
données aux Interahamwe.


15) Commandant Denis Roux

De novembre 1991 à février 1993, il fut le chef du DAMI Garde
présidentielle. Ce DAMI a formé la Garde présidentielle ainsi que les
Interahamwe, fer de lance du génocide. L'un de ses formateurs,
l'adjudant Thierry Prungnaud l'a reconnu avec regret le 22 avril 2005
aux micros de France Culture : « Je suis formel ; des Français formaient
des miliciens en 1992. Ca s'est fait plusieurs fois. La Garde
présidentielle a participé à plusieurs assassinats et attentats surtout
entre 1992 et 1994. »


16) Capitaine Paul Barril

En 1990, avant l'offensive du FPR, Barril a effectué un audit de l'armée
rwandaise. Il se présentait lui-même comme conseiller du président
Habyalimana. Pendant le génocide, il a été payé par le Gouvernement
génocidaire pour former les soldats d'élite dans le cadre de l'opération
« Insecticide » destinée à éliminer les Tutsi. Lui-même confie s'être
trouvé au Rwanda le 7 avril 1994 et il a brandi à la TV France 2 en juin
1994 une pièce qu'il prétendait être la boite noire du Falcon 50 de
Habyarimana. Il fait partie de ceux qui nient activement le génocide
commis contre les Tutsi. Et c'est notamment lui qui a téléguidé la
prétendue enquête du juge Bruguière.


17) Général Jean-Claude LAFOURCADE

Jean-Claude Lafourcade était le commandant supérieur des forces
françaises engagées dans Turquoise du 22 juin au 22 août 1994. Pendant
Turquoise, sans la complicité des militaires français, placés sous son
commandement, les crimes qui se sont déroulés à Cyangugu, Kibuye et
Gikongoro n'auraient pas eu lieu. Ces crimes ont souvent bénéficié de la
logistique des militaires français. Or, le mandat onusien confié à
Turquoise insistait sur le « caractère strictement humanitaire de cette
opération qui sera menée de façon impartiale et neutre ». Ces militaires
français ont collaboré avec les autorités impliquées dans le génocide.
Des témoignages d'officiers français recueillis par des journalistes
pendant Turquoise prouvent que les Français savaient à qui ils avaient
affaire en choisissant de collaborer avec ces autorités génocidaires. Le
capitaine de frégate Marin Gillier a affirmé au journaliste Christian
Lecomte en juillet 1994 : « Nous savons que les bourgmestres et les
sous-préfets de la région sont pour la plupart impliqués dans les
massacres de Tutsis, voire leurs instigateurs. Nous avons accumulé des
témoignages qui le prouvent. Mais, pour le moment, ils sont nos seuls
interlocuteurs auprès du million et demi de réfugiés hutus qui ont
afflué dans la zone ».


18) Colonel Jacques Hogard

Jacques Hogard était chef de Turquoise à Cyangugu. Il a permis à ses
subordonnés de commettre des meurtres de Tutsi, viols et violences
sexuelles. A Cyangugu, les militaires français ont donné des armes aux
Interahamwe, les ont encouragés à traquer les Tutsi et à les tuer. Au
camp de déplacés de Nyarushishi gardé par les Français, les Tutsi venant
de l'extérieur étaient interceptés par les Interahamwe avant de pouvoir
entrer dans le camp. Les réfugiés tutsi poussés par la faim qui en
sortaient, étaient tués par les Interahamwe positionnés sur ces
barrières au vu des militaires français. La pratique du viol par les
militaires français a été également fréquente et systématique dans les
campements des Français à Cyangugu. Dans le campement installé au Stade
Kamarampaka, les Interahamwe y apportaient des filles aux Français en
plein jour. Depuis le 17 décembre 2005, Jacques Hogard a ouvert et animé
un blog sur lequel étaient diffusés des propos négationnistes. Il l'a
fermé en 2007.


19) Colonel Jacques Rosier

En juin 1994, Jacques Rosier est revenu au Rwanda comme chef du
commandement des opérations spéciales (COS) du 22 juin?30 juillet 1994
dans la zone Turquoise. Le massacre des Tutsi de Bisesero émane
notamment de sa décision individuelle. Jacques Rosier était en effet à
Kibuye le 26 juin 1994 où il a inspecté l'installation du Lieutenant
colonel Jean-Rémy Duval (alias Diego) et de ses 35 hommes du CPA-10 à
l'école technique de Kibuye. C'est de là qu'il a refusé de donner
l'ordre d'intervention pour sauver les survivants Tutsi de Bisesero
alors qu'il venait d'être informé qu'ils seront aussitôt tués.


20) Colonel Patrice Sartre

Patrice Sartre a été chef de Turquoise Gikongoro du 05 au 16 juillet
1994, puis Kibuye du 16 juillet au 21 août 1994. Pendant ces périodes,
une série d'attaques suivies d'assassinats, viols et divers traitements
inhumains, ont été dirigés contre des populations civiles. Par exemple à
Rubengera, les militaires français sous ses ordres ont collaboré avec
les autorités locales très activement impliquées dans le génocide. Des
militaires français ont ordonné l'assassinat des Tutsi rassemblés
derrière les blocs de classes au Collège de Rubengera.


21) Capitaine de frégate Marin Gillier

Marin Gillier commandait le détachement militaire français basé au
bureau communal de Gishyita. Il fut informé le 26 juin 1994 par des
journalistes étrangers de l'existence des survivants tutsi à Bisesero et
du fait qu'un massacre de civils tutsi s'y commettait. Il monta les voir
avec son collègue Diego et son détachement. Ils ont rencontré les
survivants de Bisesero et les ont laissés sans protection.


22) Lieutenant-colonel Eric De Stabenrath

Eric De Stabenrath a commandé Turquoise à Gikongoro du 16 juillet au 22
août 1994. Après leur installation à Gikongoro, les militaires français
ont directement collaboré avec les autorités administratives et
militaires de la préfecture qui achevaient le génocide. Au camp de
Murambi, les militaires français qui contrôlaient son accès demandaient
toujours l'ethnie des personnes, et à l'intérieur, ils mélangeaient
indistinctement les Tutsi survivants du génocide, des éléments ex-FAR et
des miliciens qui avaient participé au génocide.

Cette cohabitation a permis aux miliciens de continuer à tuer dans le
camp. Des viols se faisaient de façon généralisée et systématique dans
le quartier général où logeait Eric De Stabenrath.


CONCLUSION

L'analyse de ces quelques faits démontre que des hauts gradés français
et des personnalités politiques ont commis au Rwanda des crimes très
graves. Le refus de mettre fin à l'instruction judiciaire et de
prononcer un non-lieu contre des leaders rwandais qui ont mis fin au
génocide vise à camoufler ces responsabilités. Ils ne font que continuer
la guerre contre le FPR qu'ils ont commencé depuis 1990. Ce n'est pas
pour rien que l'avocat de Kayumba Nyamwasa soit Me Véronique TRUONG qui
est aussi l'avocate du général Quesnot, l'un des plus forts soutiens du
régime génocidaire rwandais.

Kigali, 31 Octobre 2016

Jean Damascène BIZIMANA (PhD International Law)
Secrétaire Exécutif de la CNLG


Dr Jean Damascène BIZIMANA est Docteur en Droit de l'Université de
Toulouse au Sud de la France. C'est l'actuel Secrétaire Exécutif de la
CNLG (Commission Nationale de Lutte contre le Génocide).

Il faut membre de la Commission Mucyo(du nom de son président Jean de
Dieu Mucyo qui vient de décéder) qui a enquêté sur le rôle de la France
dans le génocide des Tutsi du Rwanda qui avait rendu son rapport le 05
août 2008.
Traduction 
TypeCommuniqué
LangueFR
fgtquery v.1.1, 9 mars 2019